Artistes

Jeudi 20 mars 2008

 

 

[Liza Nguyen est née en France. Elle vit à Paris et Düsseldorf, où elle suit l’atelier de Thomas Ruff.] 

 

(Titre: Cu Chi)

Souvenirs du Vietman est le travail photographique de Liza Nguyen, réalisé en 2004. Il s’organise en deux parties distinctes. La première partie s’intitule Surface. Il s’agit d’une série de 19 photographies de 113X120 cm. La deuxième partie intitulée Cartes postales du Vietnam est composée de 7 dépliants comportant chacun 12 images 13X120 cm. Ces cartes postales renvoient au problème de la banalisation de la violence de l’histoire. Son sujet a demandé une longue préparation avant et après son voyage. Son travail préliminaire a consisté à s’informer sur la guerre du Vietnam grâce aux archives de l’armée. Surface, représente des poignées de terre récupérées sur place pendant les deux mois de déplacement au Vietnam et photographiées en studio à son retour de voyage.

 

Le témoignage de Liza Nguyen qui n’a pas vécu les événements tragiques de la guerre, est une réponse à la commémoration du 30 avril 2005 : le 30ème anniversaire de la chute de Saïgon et la fin du conflit au Vietnam. Sa pratique photographique se pose en miroir rapport à ce qui tient lieu de mémoire officielle : musées de la guerre, anciens chars, hélicoptères, monuments aux morts et statues des grands hommes… Les poignées de terre permettent de retrouver une bi-dimensionnalité. Le titre de chaque image qui est simplement le nom du lieu où la terre a été ramassée, renvoie aussi à l’un des lieux connus pour les conflits meurtriers qui y ont été commis. Ce travail typologique, en lien avec les photographies des Becher et de Thomas Ruff offre un autre regard sur les matériaux par la bi-dimensionnalité de la matière présentée à la verticale. Le format du tirage final est surdimensionné par rapport à la taille réelle de la poignée de terre. Surface est une approche très personnelle de la question de la mémoire tandis que les cartes postales sont plus didactiques. Les deux apportent une complémentarité.

 

 Liza Nguyen a une démarche de l’ordre du retrait comparable à celle de Sophie Ristelhueber qui photographie les traces de la guerre après qu’elle se soit produite. Dans les deux cas, l’esthétique de la série photographique renvoie à l’éthique du souvenir. Liza Nguyen apprécie la liberté d’agissement et la maîtrise du circuit de ses images que lui permet l’art contemporain. Souvenirs du Vietman a deux facettes. Les cartes postales, plus didactiques sont une approche plus journalistique sur le Vietnam, la guerre et ses conséquences (photographies des enfants victimes de la dioxine). Surface est une approche photographique qui s’éloigne du photoreportage (le sujet photographié, les conditions de prises de vue en studio, la répétition des images dans la série…). Pourtant, quand la rédaction du Monde Diplomatique (janvier 2006) décide d’illustrer un dossier sur le Vietnam, l’une des photographies choisie fait partie de la série Surface. Ce choix rédactionnel alimente les questionnements sur l’art contemporain, le photoreportage et la place de l’auteur. La ligne éditoriale a privilégié la démarche de l’auteur et la symbolique de l’image au lieu d’une photographie plus didactique et attendue.

 

[CORPUS]

Liza Nguyen a un site Internet avec l'ensemble de ses travaux photographiques:

http://www.liza-nguyen.com/

Ses ouvrages sont visibles sur son site Internet.

 

Le magazine CV Ciel Variable n° 68.

http://www.cielvariable.ca/archive/68/

 

Colloque « L’image et les traversées de l’histoire », organisé par le CERASA, Université Toulouse le Mirail, du 26 au 28 janvier 2006.

Par Frédérique G.
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Mardi 25 mars 2008

Paolo Ventura est un photographe qui modélise des événements qui se sont produits pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il s’inspire des images d’archives qu’il a pu voir depuis son enfance et des témoignages de sa famille. Pendant la guerre, la plupart des photographies communiquées par les soldats étaient réalisées en studio. Ainsi, Paolo Ventura eut l’idée de réaliser des saynètes avec des décors et des jouets [1], à la croisée de la réalité et de la fiction.

Chaque image est tirée en grand format (plus 1m). Les décors de poupées passent ainsi de la miniature à l’échelle humaine et donnent paradoxalement du réalisme à chaque scène grâce à tous les petits détails de ses maquettes.

L’une des photographies présente dans la série m’a particulièrement étonnée. L’image de ce soldat mort (Apennins toscano-émiliens, corps d’un soldat allemand tué par les partisans), allongé sur le sol, ressemble à l’image du Taliban photographié en 2001 par Luc Delahaye, même si le soldat de Paolo Ventura est décapité et le corps ancré dans le sol. L’impression qui met apparue en voyant la photographie de Paolo Ventura est qu’il aurait pu s’inspirer de la photographie de Luc Delahaye pour représenter la mort d’un soldat soixante ans auparavant.

J’ai demandé à Paolo Ventura s’il y avait un lien entre ces deux photographies. Il m’a répondu qu’il connaissait la photographie de Luc Delahaye mais que l’inspiration, pour cette image est venue de son propre monde fantastique. Il a précisé qu’il avait passé de nombreuses années en Toscane, un lieu qui anciennement avait été le théâtre de nombreuses batailles au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Lorsque l’on se promène dans cette région, il est possible encore aujourd’hui, de trouver enfoui dans le sol, des objets ayant appartenu à des soldats. Ces deux clichés renvoient à l’universalité de l’image du soldat mort sur un champ de bataille. Quelque soit le lieu ou l’époque, ce sont ces images qui font partie de notre mémoire collective et qui s’imposent comme une icône de la guerre meurtrière. Toutes simages renvoient à une vision intemporelle du soldat mort : étendu à terre, les membres écartés, à la limite du déchiquètement, et vision annonciatrice de la décomposition qui vient… Il y a aussi la question de l’anonymat du combattant en tant de guerre : il n’y a plus d’individus, que des soldats, plus de noms, que des matricules: « Tombe du Soldat inconnu ».

Un tableau sur lequel Luc Delahaye joue parfaitement bien en parlant d’image autonome pour chacune des photographies de la série History. Leurs images dénoncent le fatalisme de la guerre et son issue inéluctable. Cette absurdité de la guerre fut déjà décrite dans un poème d’Arthur Rimbaud en 1870 : Le Dormeur du val.

 

C'est un trou de verdure, où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent; où le soleil, de la montagne fière,
Luit: c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert ou la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme:
Nature, berce-le chaudement: il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine.
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

              [CORPUS]

             Site Internet de Paolo Ventura:

             http://www.paoloventura.com/

             VENTURA Paolo, Scène de guerre, Actes Sud, Arles, juin 2006 (préface Francine Prose).

            Sophie BERNARD, « Paolo Ventura Tableaux de guerre », Images Magazine, n°18,     Septembre-octobre 2006, Paris.

 

 


[1] Une maquette mesure environ 50 cm de haut sur 100 cm de large.

 

 

 

Par Frédérique G.
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Dimanche 30 mars 2008

Falling man  (L'homme qui tombe) est un cliché du photographe de presse Richard Drew (Wide World Photos) datant du 11 septembre 2001. Durant la 36ème édition des Rencontres d'Arles. Cette photographie a un intérêt particulier par rapport à la chronologie des attentats du 11 septembre 2001, l'orchestration de la diffusion des images et la scénographie de l'exposition de la collection de Richard Hunt. Le choix de cette photographie et du dispositif dont elle a fait partie durant les Rencontres d'Arles interroge sur le statut de l'image médiatique et sa prise en compte dans les pratiques photographiques contemporaines. Falling man est entouré de cinq photographies d'auteurs aussi différents que Jacques-Henri Lartigue, Bruce Weber, John Gutmann, Jonathan Anderson et Edwin Low. William Hunt, commissaire d'exposition, crée une mise en tension discrète. Cette photographie a survécu à l'iconoclasme post-attentat qui a consisté à faire disparaître l'image des morts et les défenestrations dans la presse américaine. Ainsi, William Hunt interrompt par le choix d'un tel dispositif étudié, le flux de la visite comme à l'époque du 11 septembre 2001 avec le flux normal des images. Ici encore, la réception de l'image dans le contexte de monstration fait partie intégrante de cette réflexion.

Par Frédérique G.
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Mardi 15 avril 2008

 

 

La série présentée aux Rencontres d'Arles (2006) est à la fois différente et similaire à ses précédents travaux. Les images de Sophie Ristelhueber sont à la fois vraies car elles sont très proches de la réalité et fausses car elles ont été réalisées par des photomontages. N’ayant pas pu obtenir d’autorisation pour se rendre en Irak, son parti pris a été de réaliser des photomontages à partir de photogrammes des vidéos de l’agence Reuters de Londres. De ces reportages, elle n’a conservé que les cratères, symboles de la souffrance et des atrocités quotidiennes afin de recréer ses propres images. Le photomontage lui a permis de réaliser des images à la fois réelles et imaginaires composées aussi de ses propres photographies issues de ses travaux antérieurs (Turkménistan 1997, Syrie 1999, Irak 2000 et Cisjordanie 2003/2004). Les images finales ne semblent ni rajouter de pathos ni décrédibiliser le conflit et les blessures qu’elles génèrent. Le réalisme de ces images interroge sur la valeur de « témoignage » trop souvent associée à la photographie.

Sophie Ristelhueber n’a pu faire figurer dans l’exposition, les noms des journalistes reporters d’images qui ont tourné les vidéos originales. La masse d’informations traitée par l’agence filaire Reuters ne permet pas de retrouver les auteurs de toutes les productions envoyées à l’agence. Si le droit moral est une spécificité de la conception du droit d’auteur français, il respecte l’identité de celui qui produit l’image et rappelle qu’une personne témoigne d’un événement.

L’exposition de ses onze photographies non légendées, est de l’ordre de l’installation avec le choix du lieu et son appropriation par cette série d’images. Les photographies ont été imprimées sur du papier d’affiche puis collées sur les murs d’un ancien appartement de fonction de la Banque de France, quelques mois avant sa complète rénovation. Les images de guerre retapissent un petit appartement cossu mais vieillot. Les jeux de lumière et de reflets créent une interaction entre le lieu et les photographies par un effet de contraste. Une étonnante rencontre entre un lieu d’exposition qui n’en est pas un et des photographies de reportage qui n’en sont pas.

 

 

[Corpus]

De Sophie RISTELHUEBER :
> Eleven Blowups édité en 120 exemplaires.
> Détails du Monde, Actes Sud, Arles, 2002.

> West Bank, Thames et Hudson, London, 2005.
> Intérieurs, avec François Hers, Archives d'Architecture moderne, Bruxelles, 1981.
> Beyrouth, Photographies, Hazan, Paris, 1984.
> Paysages Photographies, Mission photographique de la Datar, Hazan, Paris, 1989.
> Fait, Hazan, Paris, 1992.
> Every one (édition limitée), Paris, 1994.
> Les Barricades mystérieuses II, Cabinet des Estampes, Genève, 1995.
> Les obsessions de Sophie Ristelhueber, par Michel Guerrin, Le monde, 28 Septembre 1992.
> Women, photography and the Iconography of war, par Val Williams, Virago Press, Londres, 1994.
> Sophie Ristelhueber, HINDRY Ann, Hazan, Paris, 1998.

> SANS Jérôme, SOPHIE RISTELHUEBER, Une oeuvre de terrain, (Conférence de Jérôme Sans) éd. bilingue français/anglais, Caen, Frac Basse-Normandie, 1996.

Par Frédérique G.
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Lundi 21 avril 2008

Dans le contexte inverse, The Dreadful Details (Les détails épouvantables) d’Eric Baudelaire est exposé au Festival Visa pour l’Image. Ce diptyque dont le sujet est mis en scène dans un décor de studio interroge aussi l’image médiatique. Il se différencie du reste des expositions du festival par sa mise en scène, sa composition en deux parties, la taille de l’image (format qui n’est jamais utilisé pour une image présentée dans ce festival) et l’usage d’une corde (seuls les supports des cordes sont visibles sur l’image ci-dessus) qui délimite un espace de sécurité. Autant d’éléments qui contribuent à la sacralisation de la photographie. L’auteur dit être dans la continuité des gravures de Goya, de la peinture de batailles et cherche à susciter une réflexion critique sur la représentation de la guerre. Cette photographie rejoint le grand genre de la peinture d’histoire dont Luc Delahaye fait référence pour sa série History. Si ce diptyque a dérangé les professionnels du journalisme présents à Perpignan, sa crédibilité semble toutefois établie car il représente un événement banal, non pas parce que cette scène a été vécue par n’importe quel spectateur lambda mais bien par le fait que chacun d’entre nous a l’impression d’avoir déjà vu cet instant dans l’actualité. Sous cette approche du sujet, la presse peut réellement s’inquiéter. Voir une œuvre contemporaine à Visa pour l’Image, offre un autre regard tout aussi intéressant qu’un reportage. De plus, elle alerte sur les dangers de cette machine bien rodée qui consiste à diffuser à grande échelle des images proposées par un nombre de plus en plus réduit d’agences et donc de regards sur les événements. Ce flux d’images semble incontrôlable comme le prouve Sophie Ristelhueber avec Eleven blowups, incapable de mentionner les noms des vidéastes qui ont fourni les images à l’agence Reuters : leur employeur. Pourtant, ce festival tente « d’inverser la vapeur » en montrant des reportages qui ne trouvent pas leur place dans les colonnes de la presse écrite alors que chaque édition du festival laisse un arrière goût de redondance au fil des expositions. 
         Falling man et The Dreadful Details
, l’une issue du photoreportage et l’autre de l’art contemporain, sont présentées avec un dispositif particulier qui font là encore, prendre conscience de l’importance de la scénographie d’une exposition sur la réception de l’image. Ces deux cas illustrent la transversalité entre la photographie dite « de presse » et la photographie dite « plasticienne ». Les champs se rencontrent et posent aussi des questions fondamentales sur les statuts de photojournaliste et d’artiste.

           [Informations techniques]

>>>
The Dreadful Details, 2006

c-print, diasec, oak
209 x 375 cm [82.3 x 147.7"] diptych
ed. of 5 + 1 ap

Par Frédérique G.
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